Je me suis reconvertie en 2018, juste avant la crise COVID et l'arrivée de l'IA. Le marché s'est encore plus complexifié depuis. J'ai donc un peu réécrit cet article.

Un secteur en complète (r)évolution

Entre 2015 et 2020, on l'entendait partout : “le secteur informatique est en pénurie”, “il n’y a pas assez de femmes dans les filières scientifiques”...

Quand on lit ça partout, tout le temps, on a tendance à penser que trouver un job dans un contexte aussi “ouvert” va être facile.

Alors vous vous dites, pourquoi pas moi ?

Certains vous diront : "Croyez en vos rêves, quand on veut on peut". Je n'aime pas trop ce genre de discours car c'est un peu nier la réalité du marché.

Non, tout le monde ne réussit pas.

Dans ma promotion par exemple, tout le monde n’est pas devenu développeur. Certains ont abandonné pendant la formation, certains n’ont pas eu le diplôme, certains ont eu le diplôme mais n’ont pas trouvé d’emploi puis ont du reprendre leur ancien job pour des raisons financières, d’autres ont décidé de ne pas en faire leur métier ou de faire une autre formation.

Et ça c'était en 2018, avant le Covid, avant l'arrivée de la Gen AI. En 2024, beaucoup d'entreprises d'informatique ont gelé leurs embauches. Post covid, les clients ont freiné les investissements réduisant le nombre de projets informatiques et avec la Gen AI beaucoup d'entreprises se sont dit : "pourquoi former un jeune alors qu'un senior ira plus vite avec l'IA ?". On a eu une période où embaucher plein de junior était le business mode, aujourd'hui on préfère l'expérience et l'expertise.

Dans mon ancienne entreprise, ils ont même lancé un plan de rupture conventionnel collectif pour réduire les effectifs de plus de 2000 personnes. Par exemple, un des métiers touchés par ce dispositif : les développeurs front-end.

Je ne dis pas ça pour vous décourager, mais plutôt pour vous informer des tendances actuelles et que vous ayez conscience qu'il y a des facteurs de réussite à prendre en compte.

Les questions à se poser avant de se lancer

Se reconvertir, ce n’est pas une décision facile. Il est important de bien réfléchir et peser les pour et les contre. On n’y va pas les yeux fermés.

Dans mon cas par exemple, à l’époque où j’ai envisagé ma reconversion, on avait un salaire pour deux (le mien), je ne pouvais pas me permettre de démissionner du jour au lendemain et de tout quitter car ça aurait pu nous mettre en difficultés.

Ci-dessous je vous propose quelques conseils : une petite liste des questions à se poser avant de se lancer. Elles me semblent importantes au regard des différentes personnes/profils que j’ai pu croiser.

Quelle est mon appétence technologique ?

Fact. Certains arrivent en formation pour l’argent. Ceci étant, j’en ai vu arriver pour l’argent, qui ont pris du plaisir et ont réussi.

À l’inverse, j’en ai aussi vu qui ont déchanté. Une personne de ma promo m'a dit un jour : “ce n’est pas ce que j’avais imaginé”. Elle n’avait pas regardé à quoi ressemblait une ligne de code avant d’arriver. Je vous avoue que ça m’a un peu surprise.

Personnellement, j'ai toujours été attirée par la tech et le responsable du programme m’avait conseillé d’arriver avec des connaissances HTML/CSS et un peu JS. Alors les mois précédents, j’ai suivi quelques cours très basiques sur OpenClassrooms.

Cela vous permet de voir à quoi vous attendre et vérifier que ça matche.

Quel temps suis-je prêt à consacrer ?

Vous allez me dire : “bah Laetitia, si je me reconvertis, c’est que je compte y consacrer du temps”.

Alors oui, ça semble évident, sauf que dans le dev selon votre rapidité d’apprentissage, vous allez devoir consacrer plus ou moins de temps sur certains sujets. J’entends par là que les heures passées en formation ne suffiront pas. Vous aurez peut-être besoin de vous investir le soir ou le week-end pour approfondir des sujets que vous n’avez pas compris.

Pendant ma formation, j’ai chopé la grippe, j’ai été arrêtée durant une semaine alors qu’on allait commencer les cours de PHP. J’avais tellement peur de revenir larguée que j’ai bossé un cours sur OpenClassrooms pendant mon arrêt. Finalement, quand je suis revenue en cours, j’ai vu que j’avais avancé plus vite qu’eux. Tout ça pour dire que vous rivaliserez pas avec un jeune ingénieur avec seulement 6 mois de formation.

Certains de mes camarades de promotion avaient de jeunes enfants et il n’est pas toujours facile de concilier reconversion et vie de famille. Suivre un cours toute la journée, rester attentif quand on s'est levés plusieurs fois la nuit car bébé pleurait, c'est pas facile. Quelque soit votre situation personnelle, il est important que vous soyez soutenus par votre entourage et qu’on vous aide à trouver du temps pour vous investir dans votre programme pour ne pas décrocher.

Quelle est la demande dans ma région cible ?

Si vous êtes attachés à une région particulière (je comprends que vous n’ayez pas forcément envie de déménager), il est important de se renseigner sur le marché local.

Bien que depuis le COVID, le remote se soit un peu démocratisé, les offres de full-remote sont très rares. Je vous conseille de regarder les offres d’emploi dans votre région avant de choisir votre formation. Mettez toutes les chances de votre côté.

En effet, certaines régions sont parfois spécialisées dans certains secteurs comme Toulouse qui a beaucoup de projets autour de l’aéronautique et l’aérospatial. En fonction des secteurs d’activité, certaines technologies seront plus recherchées que d’autres.

Pour ça vous pouvez consulter les offres d'emploi sur des sites spécialisés comme l'Apec, Hellowork, Welcome to the jungle...

Si vous n’êtes pas à l’aise avec ce type de recherches, vous pouvez faire appel gratuitement à un Conseiller en évolution professionnelle (CEP). Je l’avais fait une fois via l’APEC, c’était intéressant. Ma conseillère avait regardé les offres qu’ils recevaient, quels étaient les salaires, le niveau d’expérience demandé pour vérifier que mon projet concordait avec les opportunités.

Cela pourra vous aider à mieux cibler votre projet ou à identifier votre formation.

Quels financements puis-je mobiliser ?

Quel est mon budget ? Combien de temps puis-je tenir si je n’ai pas de revenus ? Vous n’êtes surement pas passés à côté de ces questions, qui seront malheureusement déterminantes dans votre choix final.

Il n’y a pas de réponse toute faite à cette question, cela dépendra de la situation de chacun : certains ont de l’argent de côté ou un proche qui peut subvenir aux besoins alors que d’autres n’ont pas cette possibilité.

Si vous avez du temps, je vous recommanderais bien de privilégier des formations en Alternance dans des écoles d'ingénieur reconnues. Sinon vous pouvez privilégier des formations courtes dites bootcamp.

Le plus avantageux si vous êtes salarié, c’est de monter un dossier auprès de votre Fongecif. C’est ce que j’ai fait. À l’époque, on appelait ça un “congé individuel de formation (CIF)”, aujourd’hui on appelle ça un “CPF de transition professionnelle”. Cela vous permet d’obtenir un maintien de salaire durant votre formation et donc de limiter les sacrifices financiers.

Les Fongecif organisent en général des ateliers de présentation sur le sujet, je vous encourage à vous y inscrire sur le site de votre Fongecif pour vérifier la viabilité de votre projet.

Comment trouver la bonne formation ?

La question à 100 000 points.

Je n’ai pas la réponse à cette question. Là encore cela va dépendre de votre budget et de votre temps.

Des organismes de formation, il y en a des centaines et tout le monde n’a pas toujours la même opinion sur ces organismes. Leurs méthodes d’apprentissage peuvent être différentes et ne pas convenir à tout le monde. Il y a toujours des mécontents.

Pour la sécurité et si vous envisagez un financement, je vous conseillerais de vous appuyer sur le site “Mon compte formation” pour identifier les formations et organismes dans votre région qui sont éligibles à un financement CPF. Ces organismes ont fait les démarches pour être référencés, c’est qu’ils répondent au minimum à certaines exigences de qualité.

Et après la formation ?

Le plus dur est passé. Spoiler: pas du tout.

Le marché de l'emploi

On a le diplôme, on est heureux, on pense être les rois du monde.

Et là, on commence à postuler à des offres d’emploi.

Pas de réponses à vos candidatures ou des refus sans même un coup de fil. Votre recherche d’emploi pourrait donc s’avérer difficile et démotivante.

Un recruteur a dit à un de mes camarades de formation qu’à 30 ans sans expérience en dev, c’était trop vieux pour être embauché en tant que junior.

Je n'ai pas de recettes miracle mais je vous conseillerais de vous rapprocher de communautés, il y'en a beaucoup sur internet notamment sur Discord ou d'autres réseaux sociaux. Certains relaient des offres d'emploi (AdopteUnDev, WeLoveDevs), d'autres peuvent aussi parfois vous coopter dans leurs entreprises.

Les devs sont souvent très présents sur les réseaux sociaux, beaucoup sont solidaires et bienveillants et n’hésiteront pas à relayer vos recherches. Vous aurez besoin du bouche à oreilles.

Ai-je un plan B ?

Je sais que ce n’est pas trop le genre de choses auxquelles on veut penser avant d’avoir commencé, mais il est important de se la poser pour retomber sur ses pieds : si je réalise que ce n’est pas fait pour moi, je fais quoi ?

Retourner à votre job précédent est-il envisageable / supportable ? Dans mon cas, j’étais en plein burnout donc non.

Si ce n’est pas envisageable, mes anciennes compétences et ces nouvelles compétences acquises me permettront-elles d’accéder à un autre type d’emploi ?

L’IT c’est très vaste. Développeur n’est qu’un métier parmi tant d’autres. D’autres métiers sont moins techniques et vont être plus orientés, conseil, management de projet, méthodes agile, fonctionnel etc…

Le plan B c’est surtout pour se rassurer et se dire que si ça ne marche pas, ce n’est pas du temps perdu, ce sont des compétences complémentaires et ça vous apportera quelque chose quoi qu’il arrive.

Bref, toutes les cartes sont entre vos mains.

Je vous souhaite pleine réussite !